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Selected press release:


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/ Eblouissements géométriques / Laurent Wolf / Le Temps / 24 Novembre 2009 /
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Qu’y a-t-il après le postmoderne? Réponse de Martin Widmer.

Après la fin des utopies, après le postmoderne, que reste-t-il? La question est vertigineuse pour ceux qui ont connu les avant-gardes, l’espoir fou des lendemains qui chantent dans la vie comme dans l’art. Les dernières décennies du XXe siècle ont apporté de nouvelles croyances. L’immobilité rassurante de la fin de l’histoire. Ou l’empilement des idées et des styles, le mélange cacophonique de tout et de son contraire, l’histoire considérée comme une gondole de supermarché dans laquelle on peut faire son choix. C’était le triomphe du postmoderne, la dénégation des buts ultimes.

Depuis quelques années, une nouvelle génération d’artistes reprend les questions posées par les avant-gardes des débuts du XXe siècle; elle tente d’échapper à cette confusion. Martin Widmer, 37 ans, en fait partie. Il expose au CAN (Centre d’art Neuchâtel) des photographies, des peintures, des sculptures géométriques inspirées des architectones de Malevitch, réinterprétés et ironiquement déguisés en vase à fleurs grâce à une petite rose qui émerge discrètement de leurs lignes épurées. La galerie du CAN est peinte en jaune fluo. Les photographies sont les unes si claires et les autres si sombres que n’y apparaissent que des détails difficilement identifiables.
Et les peintures reprennent les formes élémentaires fuyantes inventées par les suprématistes dans les années 1910-1920, mais rongées, presque détruites par la lumière.

Malaise physique

Cette géométrie de l’éblouissement met à l’épreuve les nerfs optiques des visiteurs, elle interdit l’adhésion. Qu’y a-t-il à voir puisque si peu est montré? Faut-il se laisser abuser par la rigueur de ces volumes rationnels puisqu’une fleur les parasite? Des formes simples et un art sans sujet, sans représentation, sans narration et sans événement peuvent-ils provoquer le malaise, alors que tant d’images diffusées par la presse, le cinéma, la télévision et désormais l’Internet utilisent les moyens massifs de l’émotion, ne font que ça pour obliger les spectateurs à affronter l’insupportable, à éprouver un plaisir douloureux?

Le malaise presque physique que font naître les œuvres de Martin Widmer est en deçà de ce spectacle. Rien ne s’est encore passé, il n’y a que des choses, de l’espace, des détails, tout ce qui échappe à l’observation ordinaire, tout ce qui est enseveli sous l’abondance des faits, tout de qui s’étiole sous l’autorité des discours. Les révolutionaires de l’art qui dynamitaient la tradition au début du XXe siècle fonçaient tout droit. Impossible aujourd’hui. Les certitudes sont moribondes. Martin Widmer est de ceux qui tentent de revenir à l’essentiel. Sans forfanterie. Avec prudence. Trop de prudence peut-être.


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/ Martin Widmer, l'artiste qui sillonne les limites du visible / Isabelle Stucki / Le Courier / 17 décembre 2009 /
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CONTEMPORAIN - Le plasticien suisse Martin Widmer met en jeu les espaces du Centre d'Art Neuchâtel: un tour de force qui déroute nos perceptions.

Le canton de Neuchâtel se porte mal: ses finances sont dans le rouge vif, le budget 2010 de l'Etat voté voici deux semaines induira des dégâts sensibles auprès de la population, tandis que le taux de chômage frôle les 10% dans les Montagnes neuchâteloises... A tort, on pourrait croire que la sphère de l'art contemporain ne se préoccupe guère de telles vilenies. Ce serait oublier que les artistes ont leur propre manière de parler du monde et d'en désigner d'autres dimensions, parfois salvatrices. Ainsi, dans cette époque trouble, le Centre d'art Neuchâtel (CAN) profile jusqu'à la fin de cette semaine l'oeuvre du plasticien Martin Widmer. Intitulée Here Comes the Sun, cette exposition se doit d'être arpentée comme une odyssée dans l'espace. Neuchâtelois établi à Genève, Martin Widmer nous plonge dans une expérience totale, qui met en jeu notre manière de concevoir la réalité et l'idée que nous nous en faisons.

Cette aventure interroge notre faculté de comprendre tant les objets que l'espace: dès qu'il pénètre dans la première salle, le visiteur est happé dans une culbute qui fragmente sa raison. Oui, l'art de Martin Widmer s'appuie sur certains concepts philosophiques hégéliens. Mais il n'en est pas moins rapidement intelligible pour le commun des mortels.

Sous la pression d'une oeuvre englobant quelque vingt autres photographies et sculptures, l'espace du CAN entier explose. Et avec lui les yeux du visiteur, capturés par le piège phénoménologique qui leur est logiquement tendu. Murs et sols sont orchestrés sur le ton d'un jaune strident, un jaune puissant qui dématérialise l'entourage.

Widmer scénarise un hallucinant exercice «de méditation», comme il le dit de certaines de ses oeuvres contenues par cet écrin fortement architecturé. Le passage entre bidimensionnel et tridimensionnel passe à la sonde. Et les trois peintures synthétiques sur bois Sol-Mur (2009) auscultent ce questionnement par la mise en abyme qui nous renvoie dans une autre dimension.

De ces photos sombres prises de nuit (Objets, scènes nocturnes, 2008-2009) surgissent des rayons de clarté. Qu'y a-t-il derrière ces étranges morceaux de réalité? Un lieu de sérénité? En écho, Widmer immortalise des zones naturellement surexposées que nous ne regardons pas, alors que ces phénomènes participent de notre quotidien. Widmer se glisse dans des interstices lumineux, se poste à la limite du visible et de l'invisible: de là, il capte apparitions et disparitions, qu'il nous ramène «à la surface».

Le travail de Martin Widmer fait abstraction du sens et de la narration au profit de la forme géométrique pure. Ses sept Mural, vase (2007-2009) erratiques, dont certains semblent se déplacer, soulignent les références de l'artiste au modernisme. Le plasticien s'affiche comme un amoureux des avant-gardes du 20e siècle et comme le fer de lance d'un suprématisme contemporain qui dépasse les chichis postmodernes.

Empreint de distanciation critique et d'une froideur déroutante, le langage de Widmer construit un passage balisé: le visiteur est incité à un exigeant dépassement du monde des apparences. Quête d'absolu, projet solaire pour le futur, ce travail mérite des fleurs, à l'instar de ces roses, ponctuations et ruptures transcendantes déposées au-dessus de trois des vases muraux. Parce qu'il est exceptionnel de quitter un centre d'art contemporain avec, au fond de soi, une sensation de dévotion.

Technologie consciencieuse

Martin Widmer met son talent au service de problématiques artistiques dont la scène contemporaine ne se soucie pas assez souvent. On sait que les recherches en optique élaborées par Eugène Chevreul sont la clef de voûte de la technique néoimpresionniste de Georges Seurat. Cette pureté spectrale se retrouve dans les sculptures et photographies de Martin Widmer. Elle est disséquée sous un angle nouveau. En archéologue du futur, le plasticien se sert abondamment des nouvelles technologies. Et quant on sait simplement qu'un ordinateur recalcule lui-même les couleurs pour nous en restituer une image, on ne doute pas que l'heure est venue d'explorer les thématiques du temps, de la couleur, de la lumière et de l'espace. Le tout réduit à son plus simple appareil!

Parce qu'elle fait tabula rasa et en revient à une pureté première (qui cache bien le travail de modélisation en amont des réalisations), l'exposition Here Comes the Sun se lit comme celle d'un maître. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'à cette occasion vient de paraître Martin Widmer, Phénoménologie de l'irrationnel.

L'ouvrage se présente comme une oeuvre en soi. Il représente la première monographie consacrée à une carrière déjà internationale: à 37 ans, Martin Widmer est en mesure d'inscrire son nom dans le renouveau du 21e siècle. Ce qui fascine dans ce travail réside dans sa faculté rare à ne laisser personne insensible. Point d'images chocs, de formes agrémentées de propos pompeux et prétentieux. Tout au contraire! Après une trentaine de minutes passées au coeur de Here Comes the Sun, tout semble dit! Maîtrisée à l'extrême, l'exposition se concentre sur notre rencontre avec de possibles au-delà, laissés à notre seule imagination.

Ouverte comme un livre, l'oeuvre de Martin Widmer laisse sourdre un projet artistique et de vie. Il s'en dégage au final l'appétit serein d'aller de l'avant dans une époque où les artistes, eux aussi, ont tout à gagner d'une technologie consciencieusement utilisée:
Here Comes the Sun!

Note : Martin Widmer, Phénoménologie de l'irrationnel, Analogues, 2009.


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/ Martin Widmer, Here comes the sun / Arthur de Pury / ch-arts / 6 novembre 2009 /
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Le CAN invite l’artiste suisse Martin Widmer pour sa première exposition personnelle d’importance. Ce plasticien hors-norme avait déjà étonné les visiteurs du CAN lors de l’exposition collective Accélération (2007) avec son Tombeau high-tech enregistrant son environnement sonore pour le stocker à jamais. L’exposition Here Comes the Sun présente plus d’une trentaine d’œuvres nouvelles de l’artiste, mêlant séries photographiques, peintures et sculptures dans un espace lui-même traité comme un objet, designé et architecturé tel un fragment issu d’une œuvre totale.

L’exposition reprend le thème de l’apparition qui traverse l’ensemble de son œuvre. Son travail donne à entrevoir des fissures au sein du monde rationnel, des ouvertures vers l’irrationnel dont la recherche réapparait lentement dans le champ de l’art actuel. Ses œuvres sont proposées au spectateur comme autant d’expériences phénoménologiques sensées lui suggérer l’au-delà du rationnel. Ou peut-être faudrait-il y voir des tentatives d’expériences qui cherchent à induire un mouvement vers la transcendance, comprise ici dans le sens kantien, c’est-à-dire ce qui est justement au-delà de toute expérience possible et qui dépasse la possibilité même de connaissance. Les derniers travaux photographiques de Widmer se présentent sous forme de séries, et comme l’écrit Goethe dans Naturwissenschaftliche Schriften, le phénomène pur (Urphänomen) « ne peut jamais être isolé, mais se montre à travers une série continuelle d’apparitions ».

Sur un plan formel et historique, Widmer tente une réponse au concept architectural de «supermodernisme» dans le domaine des arts plastiques et de la photographie. Ce concept, développé par l’architecte Hans Ibeling dans une analyse saisissante de l’histoire contemporaine de l’architecture, s’appuie sur la période moderniste pour lui offrir un développement, après s’être débarrassé des travers du postmodernisme. Widmer reprend l’idée d’un certain futurisme et d’un renouveau formel et matérialiste. De fait, ce qu’il retient du modernisme, c’est d’abord un processus d’invention plastique faisant abstraction de la citation, de la référence, du contexte, de la localisation ou de toutes autres justifications, qui ont fait les beaux jours des périodes qui ont précédé et suivi le modernisme.
Cette libération de la situation contextuelle permet à l’artiste de repenser la forme dans son rapport à la notion de projet (ici compris dans son acceptation moderniste qui se veut tournée vers une construction sans autre référence qu’elle-même), tout en réintroduisant les questions de l’irrationnel et de l’au-delà, tranchant ainsi avec les vues positivistes des modernes.